MARSEILLE ET LE SACRE-COEUR DE JESUS...

Publié le par Anne-Madeleine Remuzat

Marseille se confie au Cœur du Christ.

 

A l’occasion du mois de juin, le mois du Sacré Cœur, et des encouragements du pape Benoît XVI à approfondir le sens du culte du Cœur du Christ, Mgr Jean-Pierre Ellul, raconte aux lecteurs de Zenit, comment Marseille continue chaque année de se confier au Cœur du Christ.

N. B. (Ce texte publié par Zénit le 13 juin 2006 est repris et emplifié avec quelques indications supplémentaires...)

 

Zenit : Mgr Jean-Pierre Ellul, vous êtes recteur de la basilique du Sacré Cœur de Marseille. Au moment où l'Eglise s'apprête à célébrer la solennité du Sacré Cœur, pouvez-nous nous raconter comment Marseille a été consacrée au Cœur du Christ ?

Mgr Jean-Pierre Ellul : C’est sous l’impulsion d’une religieuse du couvent de la Visitation des Grandes Maries, qui s’appelait Anne-Madeleine Rémuzat, que la ville et le diocèse de Marseille furent consacrés au Sacré-Cœur au XVIIIè siècle.(1er novembre 1720). En effet, depuis quelques années, Jésus apparaissait à sœur Anne-Madeleine, lui demandant d’implorer et de prier pour les pécheurs. Il lui montra son Cœur, s’entretint souvent avec elle et reçut du Christ de grandes grâces. Jésus lui révéla sa miséricorde, puis lui montra la tendresse des trois personnes de la Sainte Trinité. Elle pratiquait les vertus évangéliques dans sa vie de moniale et trouvait la joie véritable dans l’abandon à l’amour miséricordieux.

Après Marguerite-Marie de Paray-le Monial, qui en fut l’initiatrice, Anne-Madeleine en sera, dans la continuité, la propagatrice. Elle créa en 1718, l’Association de l’Adoration perpétuelle, qui ne cessera de s’étendre dans la région provençale, en France, mais également jusqu’aux « Echelles du Levant ».

Pourtant le Jansénisme faisait des ravages. Les cœurs étaient endurcis et s’éloignaient de la miséricorde du Seigneur : « Peu seront sauvés, car le Christ n’est pas mort pour tous » prêchaient-ils. Aux premiers jours du Carême de 1718, le Saint-Sacrement était exposé dans l’église des Cordeliers ; Jésus se montra dans l’Hostie avec un visage plein de compassion. Anne-Madeleine en fut avertie par voie surnaturelle et Dieu lui révéla « que si la ville ne se rendait pas à l’appel de sa miséricorde, Il la châtierait d’une manière si terrible que tout l’univers en serait épouvanté ». Elle le fit savoir à l’évêque de Marseille, Mgr Henri-François-Xavier de Belsunce de Castelmoron. Aussitôt il exhorta ses diocésains à la pénitence. Les Marseillais devaient se convertir, mais sa voix ne fut pas entendue. Deux années s’écoulèrent. Puis ce fut la terrible peste de 1720. L’entrée du navire, « le Grand Saint Antoine », le 25 mai, apporta la désolation. Des milliers de personnes périrent du fléau. « Marseille devint un objet d’horreur », perdant la moitié de ses habitants : 38000 victimes. Mgr de Belsunce demeura intrépide au milieu des morts et des mourants. Anne-Madeleine Rémuzat suppliait avec ses sœurs visitandines. Jésus demanda « qu’on instituât une fête solennelle, au jour qu’il s’était choisi lui-même pour honorer son Sacré-Cœur, et en attendant qu’on lui rendît cet honneur, il fallait que chaque fidèle se dévouât par une prière, au choix de l’évêque à honorer ce Cœur adorable ».

C’est le premier novembre 1720, en la fête de la Toussaint, qui était un premier vendredi du mois, que de bon matin, Mgr de Belsunce se présenta, pieds nus, le crucifix entre les mains, une corde au cou, pour célébrer la messe pour les vivants et les morts et avant la bénédiction, il lut « l’Amende Honorable » par laquelle il consacrait pour toujours son diocèse, ses diocésains et toute la ville au Cœur Sacré de Jésus. Marseille ouvrait la voie, car ce fut la première ville, le premier diocèse dans le monde à l’être de façon si solennelle. La peste cessa pour reprendre quelques mois plus tard, puis le fléau ayant disparu, les Echevins de Marseille, en 1722, firent la promesse que chaque année, une messe serait célébrée pour rappeler cette consécration. C’est désormais la Chambre de Commerce de Marseille, qui offre un cierge à l’archevêque, en présence du premier magistrat de la ville, du représentant de l’Etat, des élus, des autorités civiles, militaires, économiques.

Zenit : Quel est le sens spirituel de la dévotion au Sacré Cœur que Benoît XVI a qualifiée d'essentielle et non pas d’accessoire ?

Mgr Jean-Pierre Ellul : Le Pape vient de le rappeler justement, pour le 50ème anniversaire de l’encyclique Haurietis Aquas, du Pape Pie XII consacrée au culte du Sacré-Cœur, tout en remerciant les Jésuites pour la part prise à la diffusion de cette dévotion.

Jésus nous a connus et aimés avec un cœur d’homme. Son cœur transpercé pour notre salut est le symbole de l’amour infini avec lequel il aime son Père et tous les hommes. C’est ce qu’Anne-Madeleine Rémuzat ne cesse de témoigner, après les visions qu’elle a de Jésus lui montrant ce Cœur qui nous a tant aimés. Elle se confia au Père Milley, de la Compagnie de Jésus qui à Marseille, dans les années 1718, était son confesseur. Il mourut d’ailleurs en allant secourir les pestiférés en septembre 1720. Plus tard le Père Jacques, un autre jésuite, en écrivant sa vie, en 1760, l’expurgera quelque peu de toutes les visions et les extases que cette visitandine marseillaise avait eues, par crainte des quolibets jansénistes, qui n’y voyaient qu’hallucinations. On appelait ces religieuses, mais également ces laïcs mystiques, des « cordicoles » ou des « aloquoquistes ».

Mais, écrit-il, « peut-on laisser dans les cloîtres, les prévenances du Seigneur pour tous, par peur de se voir critiqué ?». Dès la mort d’Anne-Madeleine, en février 1730, les Jansénistes ne s’en privèrent pas, mais malgré cela, Marseille continuera de conserver sa mémoire, les paroles que le Christ lui adressa et célébrera la fête du Sacré-Cœur avec une grande solennité, se rappelant le fléau de la peste et sa promesse à être fidèle.

Lorsque nous méditons sur les souffrances du Christ, ses plaies, son côté transpercé, nous percevons alors tout l’amour qu’il a pour nous, et nous sommes envoyés pour en témoigner. On ne peut être chrétien, sans être tourné vers la Croix du Rédempteur et sa Résurrection. Cette expérience mystique est d’une importance capitale pour vivre une spiritualité authentique. Sinon nous risquons d’en rester à l’apparence, sans vraiment approfondir intérieurement de quel amour il nous a aimés.

Le pape Benoît XVI le rappelle : « La réponse au commandement de l’amour n’est possible, qu’en comprenant que cet amour nous a déjà été offert par Dieu. Il est manifesté dans le mystère de la Croix… S’ouvrir à la volonté divine doit être une attitude de tout instant, car l’amour n’est jamais fini, ni complet».

L’amour de Dieu, le Cœur transpercé, la personne de Jésus-Christ compris sous la motion de l’Esprit Saint, la contemplation du côté ouvert, n’est pas qu’une dévotion passagère ou accessoire, venant des siècles passés elle s’enracine dans la passion du Christ et dans les Evangiles ; elle reste pour nous tous, essentielle pour le monde et surtout, ici à Marseille. C’est ce que proposait de vivre Anne-Madeleine Remuzat, lorsqu’elle écrivait les statuts de l’Adoration perpétuelle en 1718, demandant que chaque adorateur soit un relais de l’amour divin et témoigne de sa Miséricorde dans sa vie quotidienne, mais également auprès des plus pauvres.

Zenit : Les jeunes que vous rencontrez sont-ils sensibles à cette invitation à connaître le Cœur du Christ ?

Mgr Jean-Pierre Ellul : Ceux qui prient dans notre basilique et participent nombreux aux Eucharisties du dimanche y sont sensibles. Leur participation est conséquente et régulière ; ils entendent donc parler du Sacré-Cœur et de tout ce qui touche à la riche histoire de notre diocèse de Marseille ou de l’Eglise universelle. Il faut également savoir que dans Marseille, de nombreux jeunes participent depuis leurs paroisses, les mouvements d’Action Catholique, le Scoutisme, leurs aumôneries de Lycées ou d’étudiants, à l’accueil du Christ dans leurs vies. Ils participent, nombreux, aux JMJ. Il est proposé par notre diocèse des moments privilégiés de rencontre sur la Parole de Dieu, des démarches spirituelles nombreuses, d’écoute et d’approfondissement, de participation à l’Eucharistie.

Zenit : La fête du Sacré Cœur a été choisie par Jean-Paul II comme Journée de prière pour la sanctification des prêtres. Il y a un lien direct entre le Cœur du Christ et le cœur de ses prêtres ?

Mgr Jean-Pierre Ellul : Un lien très étroit. Cette journée de prière nous rappelle en fait que les hommes veulent contempler dans le prêtre le visage du Christ, dans son cœur, le cœur du Christ. C’est bien difficile, je crois, mais notre rencontre avec Jésus doit nous permettre cet approfondissement pour réaliser cela dans nos vies. Dans l’humilité et la prière, l’accueil et l’écoute, un cœur rempli d’amour, oui un don de nos personnes et de nos cœurs. C’est pour cela que « Jean-Paul II le Grand », comme l’appellent les jeunes désormais, a voulu qu’en ce jour, où la Miséricorde du Christ s’est montrée  en donnant sa vie pour nous, notre prière pour les prêtres et les diacres, soit un temps de jubilation et d’action de grâce pour ceux qui ont répondu oui à cet appel, une supplication confiante pour toutes les vocations qui sont en train de germer, tout en pensant avec une attention fraternelle, à ceux qui ont quitté le ministère. La tendresse miséricordieuse du Christ Jésus ne peut que toucher le cœur de nombreux chrétiens et je crois en particulier, des jeunes, qui sont prêts à tout donner pour annoncer, vivre et célébrer les mystères du Seigneur, dans un don total de son amour. Le Christ appelle toujours, et de son côté transpercé continue de couler ce fleuve d’amour qui interpelle et questionne.

Zenit : Comment l'Eglise de Marseille célèbre cette fête ?
Mgr Jean-Pierre Ellul :
Chaque année, le vendredi de la fête du Sacré-Cœur, dès 8h le matin, Marseille célèbre la messe dite « du Vœu des Echevins ». Au cours de l’Eucharistie, tout en rappelant le sens de la Parole de Dieu, l’archevêque traite d’un fait de société devant les édiles de la ville.

Toute la journée, le Saint-Sacrement est exposé dans la basilique et les fidèles sont nombreux à venir prier, (comme ils le font d’ailleurs tous les jours, auprès du Corps du Christ), pour les prêtres et les vocations sacerdotales et religieuses. Après les vêpres, et la messe du soir, la journée se termine par une procession eucharistique, pour rappeler la démarche de Mgr de Belsunce.

Les monastères de la Visitation n’étant plus à Marseille, c’est désormais la basilique du Sacré-Cœur qui prend le relais et propose ces célébrations. Nous avons également la garde de la relique du cœur de la Vénérable Anne-Madeleine Rémuzat, morte en odeur de sainteté, le 15 février 1730, et dont la cause de béatification, introduite trois fois au cours des derniers siècles, est reprise actuellement pour mieux faire connaître celle à qui Marseille doit beaucoup, et qui reste humblement cachée jusqu’au jour où le Seigneur voudra qu’elle soit placée sur les autels.

J’en suis depuis avril 2009 le Postulateur et je poursuis avec toute une équipe de bénévoles, les démarches officielles pour l’introduction de la cause en canonisation. Le Seigneur nous fait signe par l’intermédiaire de la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat.

Et nous, nous restons à l’écoute de l’Esprit-Saint.        

J-P Ellul.

Publié dans Historique

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