Soeur Anne-Madeleine Rémuzat

Publié le par Anne-Madeleine Remuzat

                       Homélie pour le dimanche de la Septuagésime

16 février 2014. Paroisse St Charles.

 

Alors que nous nous préparons à entrer en carême dans 3 semaines, hier, samedi 15 février, jour anniversaire de sa mort en 1730, s’est ouvert dans la basilique du Sacré-Cœur, le procès en béatification et canonisation de notre jeune visitandine Anne-Madeleine Rémuzat.

C’est dans notre basilique que la relique de son cœur a été déposée, en 1986 lorsque les Visitandines de St Jérôme quittèrent Marseille pour rejoindre le monastère de Voiron.

A la lecture des textes de ce dimanche de la Septuagésime, on peut se demander s’il y a un intérêt à remettre en lumière la spiritualité d'Anne-Madeleine Rémuzat et si elle peut nous être utile encore aujourd’hui.

 « Nous vous supplions Seigneur d’exaucer dans votre bonté les prières de votre peuple, afin que votre miséricorde nous délivre ». (Collecte)

Cette miséricorde du Seigneur, elle en a été le témoin durant toute son existence. Le Seigneur lui a enseigné le chemin de l’évangile, elle a gardé sa loi d’amour et l’a observée. Toute jeune, elle a été choisie par le Christ pour être sa messagère, son disciple, son porte-parole, « sa victime », comme on disait en ce temps-là ! Le 2 octobre 1711, elle entre au couvent des Grandes-Marie situé derrière la Vieille Charité. Mgr de Belsunce préside lui-même la cérémonie de sa prise d’habit le 14 janvier 1712 : Madeleine reçoit le nom d’Anne-Madeleine. Un an plus tard, le 23 janvier 1713, elle prononce ses vœux. Elle a seize ans et quelques mois.

Saisie par le Christ, elle le restera durant toute sa vie, mettant en pratique et à la lettre, les conseils évangéliques. Le 17 octobre 1713, jour anniversaire de la mort de Marguerite-Marie, elle écrit dans une lettre : « Jésus-Christ me fit connaître, d’une manière particulière et extraordinaire, ses desseins sur moi, touchant la gloire de son Cœur adorable. »

Suivront des temps d’extases pendant ses oraisons, de nombreuses « conversations » avec le Christ et avec la Sainte Trinité.

A l’époque de sœur Anne-Madeleine on inclinait vers la rigueur de la justice, tout en implorant la surabondance de la miséricorde. On se rappelle la grande peste de 1720, où durant ce fléau, Mgr de Belsunce consacra au Cœur Sacré de Jésus, le diocèse et notre ville de Marseille.

 

 

De nos jours on se tourne vers la miséricorde : serait-ce jusqu'à oublier la justice ? Seules les Saintes Ecritures nous permettent de chercher et de trouver le point d'équilibre dans le Christ, qui est à la fois notre Juge et notre Avocat.

Nous venons d’entendre Jésus nous en parler dans l’évangile de ce jour. La spiritualité d’Anne-Madeleine, et c’est inévitable, est marquée par son époque, mais elle ne vit pas que de visions et d’extases ! Elle est bien incarnée et accomplit ses tâches au quotidien.

C’est vrai aussi qu’en ce temps-là, le ciel appelle des « victimes », menace de sa « colère », exige des « réparations », montre « un bras vengeur », explose de fureur par des châtiments épouvantables, exige d'être rigoureusement apaisé pour que justice soit faite. [1]

Dans cet esprit implacable, Anne-Madeleine reste dans la prière et la confiance, torture son corps, demande plus de souffrances, ruine sa santé, et meurt prématurément. « Des profondeurs je crie vers toi Seigneur, écoute mon appel, sois attentif aux cris de ma prière ».

A l’inverse, notre époque est imbibée de « libéralisme » moral qui fait que chacun aspire au bien-être individuel, recherche le confort matériel, reste à l'écoute de son corps pour qu'il soit épanoui, beau, satisfait. Notre époque n'entend pas le langage évangélique : elle répugne à l'écouter. Et pourtant, nous ne pouvons pas rejeter, cacher, travestir les paroles du Seigneur.

Dans le contexte troublé de son époque, elle reçoit une vocation assez étonnante, celle de médiatrice. Elle se fait l’écho de la volonté de Dieu auprès des personnes qui viennent se confier à elle, avec leurs questions et  leurs perplexités, dans un temps facile pour les chrétiens, avec un jansénisme virulent et pour certains une désobéissance totale. Elle a reçu la grâce de lire dans les consciences, et ainsi elle peut dire, suggérer ce que le Seigneur attend de ceux qui viennent la voir.

Mais dans son itinéraire spirituel, sœur Rémuzat va connaître aussi l’épreuve de la nuit mystique, longue et douloureuse. Pourtant elle reste fidèle au Seigneur. Elle reçoit les stigmates, comme signe de son union totale au Christ. Il y a toujours chez elle – et c’est important de le souligner pour bien comprendre sa spiritualité – cette conscience de la coopération, entre sa propre disponibilité humaine et la puissance divine de la grâce.

Les dernières années de sa vie  se passent dans des souffrances inouïes. Son union au Sacré-Cœur devient alors de plus en plus forte, jusqu’à ce « déplacement » de son cœur, plongé dans la « fournaise ardente » du Cœur du Christ, dont on retrouvera la trace sur son sein, lors de sa mort.

Pour résumer ce chemin qui lui est propre, se caractérise, par trois accents qui sont d’une grande pertinence théologique pour notre temps :

  • D’abord la confiance en la miséricorde de Dieu.

  • Ensuite, la conscience de la coopération entre la grâce de Dieu et la liberté de l’homme, nécessaire à l’éclosion et au développement de toute vocation.

  • Enfin, une forte volonté de disponibilité totale au mouvement de la grâce en elle, mouvement qui la dispose au service des autres et sert ainsi la gloire de Dieu. « Une passion d’amour » : voilà ce que fut sa vie, durant 33 ans.[2]

Vous retrouverez l’histoire de sa vie dans les petits livrets qui sont à votre disposition à la sortie de cette messe, avec une image et la prière pour demander sa béatification et les nombreuses grâces qu’elle nous obtient.

Quelques semaines avant l’entrée en carême, que la servante de Dieu Anne-Madeleine Rémuzat, nous permette de mieux rencontrer le Christ Jésus. Il vient nous demander de changer de vie, de convertir notre cœur, nos regards, nos colères, notre orgueil, de cesser nos récriminations devant les ouvriers de la 11ème heure. « Les derniers seront premiers et les premiers seront les derniers, oui, beaucoup sont appelés, mais peu sont élus »

Faisons en sorte d’être trouvés dignes du Royaume.

L’évangile de ce jour nous en montre le chemin. Amen. Mgr Ellul.



[1] Père Robert Schoettel, Rapport théologique,10 janvier 2014, p.3.

[2] Mgr Jean-Marc Aveline, Rapport théologique, décembre 2013, p.12.

Publié dans Vie d'Anne-Madeleine

Commenter cet article

rouyer paul 01/12/2014 18:37

Bonjour, Dans le cadre de recherches sur les gens célèbres dont la vie à jalonné celle de Marseille, soucieux de compléter une liste succincte que j'avais fait il y a presque 20 ans a la création de http://www.marseille-sur-web.fr/celebres/ j'ai eu le plaisir de découvrir Soeur Remuzat, et de trouver ici ce processus de béatification. Qu'en est il à l'heure actuelle? celui-ci est-il abouti, encore en cours, abandonné??
Merci